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1964, le célèbre antiquaire Jacques Kugel et le directeur honoraire des musées de Strasbourg, Hans Haug organisent une exposition qui fait date dans l’histoire des arts décoratifs strasbourgeois, intitulée « Le Siècle d’or de l’orfèvrerie de Strasbourg ». Cinquante ans plus tard, Alexis et Nicolas Kugel décident de célébrer cet anniversaire de la plus belle des manières avec une nouvelle exposition sur la production des orfèvres de l’antique Argentorate. Strasbourg s’était construit une solide réputation de l’art des métaux précieux au cours des siècles. Avec un catalogue d’œuvres souvent inédites datant de la Renaissance jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’orfèvrerie de Strasbourg n’a jamais été présentée sous un regard aussi vaste. Trois cents ans d’or et d’argent se retrouvent pour rendre compte de l’appartenance de Strasbourg à une double culture germanique et française.

L’influence germanique

À la sortie du Moyen Âge, Strasbourg est une cité prospère du Saint-Empire romain germanique qui attire de nombreux artistes itinérants. De nombreux artistes y séjournent tels Nicolas de Leyde, Hans Hammer, Hans Baldung Grien, etc., procurant à Strasbourg une émulation artistique de première ampleur. Peu d’œuvres de cette période nous sont connues, mais elles témoignent néanmoins d’un savoir-faire digne des grands centres parisiens et nurembergeois.

À partir du milieu du XVIe siècle, la production des orfèvres de Strasbourg nous est mieux connue en partie grâce aux plaques d’insculpation en étain où sont enregistrés les maîtres de la corporation de l’Échasse. Le premier d’entre eux Georg Kobenhaupt, ou encore Diebolt Krug et Paulus Graseck porte la production orfèvrée de Strasbourg à son paroxysme comme le démontrent les gobelets et coupes présentes dans l’exposition. L’influence de Nuremberg et de son meilleur orfèvre Jamnitzer y est très perceptible.

Le XVIIe siècle apparaît comme une période de troubles pour Strasbourg avec la guerre de Trente Ans et la réception de nouveaux maîtres s’en trouve fortement réduite. Cependant les maîtres strasbourgeois façonnent toujours des pièces de grande qualité comme cette coupe de Jacob Sandrart, réalisée vers 1670 qui présente des scènes d’atelier probablement d’orfèvre.

Le goût français

Le rattachement de Strasbourg en 1681 n’apporte pas de changements majeurs dans l’organisation de la cité et de ses métiers outre le fait qu’un prêteur royal chapeaute les institutions et que la cathédrale est rendue au culte catholique. Mais le temps d’une génération, on assiste à un changement très perceptible dans les arts décoratifs à Strasbourg dont dans le domaine de l’orfèvrerie.

Les gobelets cylindriques typiques de l’espace germaniques laisse place à des timbales de forme tulipe gravées de lambrequins et à côtes pincées. Une fois encore l’exposition « Vermeilleux ! » répond présente avec de nombreuses œuvres d’orfèvres de l’antique Argentorate comme Altenburger, Imlin, Ehrlen.

À partir des années 1730-1740, le style rocaille arrive à Strasbourg Les grands orfèvres de la ville, Ehrlen, Imlin, Alberti ou bien Joachim Friderich I Kirstein, fondateur de l’une des grandes dynasties d’orfèvres de la ville, intègrent et adaptent ce nouveau langage dans leurs timbales, salières, boîtes à thé, etc. Kirstein réalise pour le duc Ossolinski en 1737 un petit service doré — dont un gobelet à côtes pincées et deux assiettes — ornés d’ornements rocailles aux courbes et contre-courbes.

Strasbourg a la chance de conserver des nécessaires en argent de grande qualité qui sont commandés par des nobles de France ou d’outre-Rhin. Le service de toilette en argent doré aux armes de Jacques-Joseph-Félix comte de Voguë et de son épouse Jeanne-Françoise de Valleton se compose d’une aiguière avec son bassin, d’une timbale, de deux boîtes et de deux petites boîtes de toilette. L’arrivée du goût à l’Antique ou néoclassique permet aux orfèvres de Strasbourg de proposer une nouvelle fois des écuelles à bouillons et des services aux lignes et ornements d’une grande finesse.

La Révolution française porte un coup à cette activité pluriséculaire. Il reste néanmoins dans la première moitié du XIXe siècle à Strasbourg un maître digne de ses prédécesseurs : Jacob Friederich Kirstein, maître en 1795. Avec lui l’orfèvrerie de Strasbourg connaît encore pour un temps la gloire à travers des coupes en vermeil et des plaques en argent repoussées souvent décorées de scènes de chasse au cerf.

Rares sont les occasions de pouvoir contempler l’argenterie de Strasbourg à travers une chronologie aussi longue et avec des œuvres dignes des grands musées européens et mondiaux. On comprend alors pourquoi le vermeil de Strasbourg est digne du titre de merveille des arts.

Jusqu’au 8 novembre 2014 l’exposition « Vermeilleux. L’argent doré de Strasbourg du XVIeme au XIXeme siècle » à la galerie Kugel à Paris.

Catalogue en vente dans nos locaux pour 85 €

http://www.galeriekugel.com/